La collection de bande dessinée CasaNostra a fait son nid dans le noir, le polar et le thriller. Pour les éditions Sixto c'est une manière d'écrire la société, une manière de s'emparer du monde tel qu'il est.
La BD noire, qui souvent investit des marges négligées, attrape le monde et l'époque, ausculte fractures et dysfonctionnements du monde, pense le mal et la folie des
hommes. A la différence d'autres genres, elle ne cherche pas à dire ce qui doit être mais il s'agit pour elle d'ouvrir des possibles. Cela nécessite de se soucier du monde, d'être tourné vers
lui. Là où certains parlent d'écriture engagée, il s'agit plus d'un dégagement vis-à-vis de l'idéologie dominante marquée par l'individualisme et le consumérisme.
Jouant à la fois sur la gravité des situations et sur le second degré en maniant l'ironie, voire l'humour noir, les héros de nos premiers albums, L'Ange Noir, Danse Macabre et bientôt Saint Mal, sont des héros de biais, ils empruntent des chemins de traverse. Ils nous permettent d'entrevoir la part malfaisante que comporte la nature humaine et de saisir là où ça fait mal dans le système. Le vrai coupable est sans doute à trouver dans la société.
Critique sociale, miroir de ce qui s'agite sous nos yeux, la BD noire donne du sens et permet de penser le monde. Quelque part nous souhaitons lire des ouvrages qui parlent de ce que nous vivons. Nous aurions des raisons de nous sentir tels des réprouvés : les BD parlent des parisiens, peu de nous qui vivons « en région. » Les lieux qui nous sont familiers, l'univers dont nous avons l'expérience sensible, sont quasiment dépourvus d'écho dans le registre du neuvième art. Ce qui est notre expérience, notre vie, n'existe qu'une seule fois, dans les choses elles-mêmes. Depuis toujours, la BD, les livres, mais aussi la presse, les magazines, le cinéma, tout ce tourbillon d'images représente invariablement Paris. Nous cherchons, sans le dire, la BD énigmatique qui agirait comme un miroir et dans lequel nous découvririons qui nous sommes. Cela explique l'enracinement « local » de notre collection CasaNostra, enracinement qui ,bien sûr, permet de mieux appréhender le global.
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Le Parlement, le palais de justice, les Horizons, le Thabor... Oui, c'est bien à Rennes que ça se passe. « C'est un choix éditorial, indique Luc Monnerais, le projet était de localiser :
Rennes, Brest, Nantes, Saint-Malo... Ça ne nous dérangeait pas, j'ai vécu vingt ans à Rennes et Olivier y vit actuellement. On n'a pas opté pour une vision de carte postale, même si la ville
fournit le décor. Le noir et blanc permet de réinterpréter, de situer une intrigue policière, en créant des ambiances. » Le dessinateur joue des ombres et des lumières pour donner de la ville une
image intrigante, un peu étouffante. « En même temps, ajoute Olivier Keraval, il fallait des cadrages dynamiques... » Luc apprécie le jeu des contre-plongées, par exemple, qui apporte un aspect
cinématographique.
Deuxième album de la maison d'édition Sixto, après L'Ange noir chroniqué sur ce site, Danse macabre joue à fond l'aspect régional qui avait déjà bien réussi à ces nouveaux mordus de
la BD : à Rennes, on espionne à la librairie des Champs libres, on se donne rendez vous sur le banc devant la volière du parc du Thabor ou on visite l'ancien bordel, le Black Lady, du parc
des tanneurs. Et puis les souterrains : habitants de Rennes, ça bouge sous vos pas ! Qui dirait que la capitale régionale est endormie ?
Rodolphe Lerat, alias Louis-Ferdinand Poiccard, est né à Nantes en 1966. En 1989, il sort diplômé des Beaux-arts de Nantes. Il part ensuite vivre à Montréal pendant quelques années, où il
travaille en tant que peintre scénique.